Le rôle des responsables

Une mise en place progressive des services

Dans un début de prise en charge, comment fait-on accepter un accompagnement professionnel ?

Isabelle Grimault, responsable de secteur : au SAD (service d’aide), si on est en sortie d’hôpital, l’assistante sociale a déjà fait une partie du travail car elle a déjà dialogué avec la famille et évalué les besoins. Elle a même souvent fait un dossier de demande de prise en charge financière. Donc, les conditions sont plus faciles car la personne est consciente qu’elle a besoin d’une tierce personne à domicile.

Autre cas, les enfants nous demandent une aide. Parfois la personne âgée n’en veut pas.
Pour de l’entretien du logement, on va proposer par exemple 2 heures tous les 15 jours, ce qui rend l’aide plus acceptable. Pour l’aide à la toilette, on va proposer une aide au shampoing ou une aide au bain de pieds. S’il n’y a pas d’incontinence, il ne faut pas mettre d’enjeu là où il n’y a pas de raison d’en avoir. D’autant plus qu’il y a bien sûr la pudeur et la difficulté à se dévêtir devant une personne qu’on ne connait pas.

La personne peut aussi être dans le déni de son incapacité : on prend le temps.

Pour une personne incontinente qui refuse la toilette, là aussi on prend le temps, on annonce qu’on va ressayer le lendemain. Petit à petit, cela vient, d’autant plus qu’on n’en fait pas un enjeu.
Dans un cas spécifique de quelqu’un d’incontinent qui refusait totalement l’intervention des aides à domicile, nous nous sommes retournés vers le SSIAD (service soins) qui a démarré la prise en charge et qui a fait tout un travail d’acceptation de la personne, qui a mis en place des habitudes, un rituel quotidien. Or c’était un cas simple pour le SSIAD. Il a passé le relais au bout d’un mois au SAD. Cela nous a beaucoup facilité les choses car la personne avait pris des habitudes. Il savait que quelqu’un venait tous les matins.

Laurence Foschia, infirmière coordinatrice : lorsqu’une demande arrive au SSIAD, c’est qu’il est temps de faire quelque chose vis-à-vis de la toilette. Avec une prescription médicale, on écoute la personne (ou sa personne de confiance) pour étudier ses besoins et adapter nos interventions.

Réajuster les interventions

Quelle remontée de terrain entend-on de la part des intervenantes lors des 1ères semaines de prise en charge ?

Dès le début de notre prise en charge, nous réajustons les interventions pour prendre en compte ce que disent les patients ou leur famille. Les soignantes font des remontées tous les jours et nous pouvons réajuster les prises en charge immédiatement.
On ne peut pas forcer quelqu’un à se laver ou à faire quoi que ce soit. Les soignantes attendent l’acceptation pour faire avec. Il faut le temps que la personne se rende compte que l’aide qu’on lui apporte est effectivement nécessaire. Si on commence à faire contre, cela ne sera valorisant pour l’un ni pour l’autre.

En cas de dégradation de l’état de santé, l’acceptation d’être aidé de façon supplémentaire est-elle facile ? Quel est le rôle d’une responsable dans ce cadre ?

Nous réajustons souvent nos interventions pour tenir compte de l’état de santé et des besoins de la personne. Mais il est vrai que cela demande des réaménagements parfois du domicile avec l’introduction de nouveau matériel (barres, verticalisateur, lit médicalisé).

Outiller le domicile

Ce matériel n’est pas toujours facile à accepter. Mais les personnes comprennent que c’est pour qu’elles soient aidées le mieux possible par les professionnels. Cela demande parfois de bouger les meubles mais cela va permettre que tout soit plus facile dans la vie quotidienne à domicile.
Soyons franche, moi aussi j’aurai du mal à accepter de tout bouger dans ma maison. Le tout est de bien comprendre l’utilité de tel ou tel matériel.

Vous êtes nos yeux pour réajuster la prise en charge

Isabelle : les remontées d’informations ne sont pas importantes que dans les débuts de prise en charge : c’est important de bien suivre les situations dans le temps. À partir du moment où on vous envoie sur une situation, vous devenez nos yeux et nos oreilles. Je fais absolument confiance aux aides à domicile pour me remonter tous les points importants d’évolution des situations. C’est avec cette communication qu’on peut faire du bon travail.

Notre adaptation à la situation, c’est par exemple permettre chez un monsieur, à la suite d’un problème d’incontinence, de faire évoluer nos 2h30 une fois par semaine d’entretien du logement, en ½ heure d’aide à la toilette tous les matins.

La relation d’aide marche dans les deux sens – la réciprocité

Témoignage de la salle : l’échange est important entre patients et professionnels, mais il faut aussi de la réciprocité. Ce qui marche dans un sens doit aussi marcher dans l’autre. Pour se faire confiance, il faut de la réciprocité. J’en parle d’autant plus qu’avant d’être en fauteuil, j’étais aide-soignante.

 Témoignage de la salle : ce qui est important pour les aidants, c’est de pouvoir se décharger de la coordination des interventions.